vendredi 3 juillet 2015

Le piétonnier, le logo et le Mayeur

Suivre l'actualité bruxelloise depuis la Colombie est un vrai plaisir. Vu d'ici, les petites querelles belgo-belges paraissent dérisoires. J'ai raconté l'histoire du piétonnier à quelques Colombiens. Ils ont très vite compris. Il faut dire qu'il y a un projet similaire à l'étude dans la "Zona T" de Bogota (l'équivalent local du quartier Louise, mais en plus propre). Créer une zone piétonnière en ville n'est pas un geste politique révolutionnaire, c'est simplement faire ce qui se fait dans toutes les métropoles du monde, de New-York à Madrid, de Paris à Melbourne; mais avec quelques années de retard.

Cela m'a donné l'occasion de parler de Bruxelles et d'expliquer à mes amis colombiens que c'est la capitale de l'Europe, le continent dont ils rêvent tous ici sans savoir exactement à quoi ça ressemble ni comment ça fonctionne. Quand je leur ai montré le nouveau logo noir et blanc de la Ville de Bruxelles, ils ont ri. Oui, c'est bien la Ville de Bruxelles qui est officiellement capitale de l'Europe et non l'ensemble des dix-neufs communes de la Région de Bruxelles-Capitale, qui a également reçu un nouveau sigle jaune et bleu récemment. J'ai tenté d'expliquer ce qu'était une ville-région, mais à ce moment-là, les Colombiens ont décroché.

Pourtant, il faut accepter la triste réalité: le nouveau logo de la capitale de l'Europe est une petite tâche d'encre noire à 80.000 euros, qu'on aura oublié dans trois tweets et deux éditoriaux, et qui ressemble étrangement à un vieil écusson moyenâgeux en forme de chauve-souris ou à un cachet d'administration des années quatre-vingt. Pour être honnête, ce logo n'est, en soi, ni bon ni mauvais. Il est victime du même problème que le piétonnier: il s'arrête aux frontières d'un village, dirigé par un Mayeur, à l'ombre d'un clocher. Il n'est donc pas étonnant que des embouteillages de logos se forment bientôt à sa périphérie. C'est dur à entendre, mais les Flamands ont raison: Bruxelles à dix-neuf communes, ça ne fonctionne plus. Sur ce, je m'en vais prendre un verre à la Zona T. En Uber ou en taxi car ici, c'est plus ou moins le même prix. Mais ça, c'est un autre débat.