mardi 15 septembre 2015

La journée sans voiture ? Ça n'existe pas !

Dimanche, c'est la « traditionnelle » journée sans voiture à Bruxelles. J'insiste sur le premier mot car c'est bien devenu une tradition. A l'origine, il s'agissait de conscientiser les usagers et leur donner un aperçu de ce que pourrait être une mobilité alternative. Pourtant, en vingt ans, cette initiative n'a rien changé. Au contraire, nous avons même progressé de quelques places dans le classement des villes les plus embouteillées d'Europe. Tout simplement parce que la journée sans voiture, ça n'existe pas. La preuve : dimanche, vous verrez, de temps à autre, passer un véhicule motorisé. Les taxis officiels pourront rouler (mais pas Uber), tout comme les services de police, les ambulances et tous ceux qui bénéficient d'une dérogation. On croisera aussi quelques touristes hollandais mal informés se faisant insulter par des pique-niqueurs, sans comprendre ce qui leur arrive.

Au fond, toutes ces exceptions à la règle nous prouvent une chose : dans certains cas, il n'est pas toujours possible de se passer de voiture. Je l'ai expérimenté moi-même. J'avais écouté attentivement les nombreuses campagnes du gouvernement et intégré tous les messages ou les initiatives qui m'incitaient à abandonner définitivement la bagnole à laquelle j'étais très attaché. J'ai été convaincu et j'ai finalement vendu la mienne. J'ai même reçu une prime régionale pour cet acte de bravoure, un an d'abonnement gratuit à la Stib. Finalement, la vie est beaucoup plus belle depuis que je ne possède plus ce tas de ferraille coûteux qui traînait en bas de chez moi et dont le SPF Finances me rappelait l'existence régulièrement à l'aide de virements pré-remplis; ou que la police me demandait parfois gentiment de déplacer à sept heures du matin.

Mais après un an, je dois me rendre à l'évidence. Je vis sans voiture grâce à une seule chose : la voiture. Je me déplace la grande majorité du temps à pied ou en transport en commun (je suis trop attaché à la vie et à mon intégrité physique – ou peut-être simplement trop frileux - pour m'aventurer sur les fausses pistes cyclables bruxelloises). Mais parfois, quand cela est absolument nécessaire pour transporter des meubles, des grandes courses ou de lourdes valises, je me déplace en voiture. J'appelle un Uber ou j'utilise le service de location Cambio, deux options indispensables que je peux gérer du bout des doigts à partir d'un smartphone, de la même façon que je consulte les horaires de bus. Ce dimanche, ces deux applications qui m'ont aidé à franchir le pas de vivre sans voiture, seront hors-service, car interdites à Bruxelles.

Ce qui permet de vivre sans voiture sera interdit ce dimanche

Je suis donc obligé de tirer cette conclusion cruelle : la journée sans voiture n'a plus rien à voir avec une quelconque question de mobilité alternative. Il s'agit d'un événement folklorique, sportif ou idéologique qui ne change absolument rien. Dans les publicités des magazines économiques, la bagnole semble toujours être un signe de réussite important. Et quand j'écoute « Mobil-Info » à la radio, je n'entends jamais parler que de trafic routier, pas des nombreux autres moyens de transport qui font la mobilité d'aujourd'hui. Les mentalités évoluent au même rythme qu'avancent les Audi et les Kia sur l'E411 chaque lundi matin.

Bien sûr, ce dimanche sera l'occasion de visiter Bruxelles autrement pour beaucoup de Flamands et de Wallons. Ils sont évidemment les bienvenus dans notre capitale. Ils la connaissent d'ailleurs très bien car nombre d'entre eux s'y rendent tous les jours de la semaine seuls, dans leur voiture de société. Mais dimanche, ils laisseront leur allemande subsidiée au garage et passeront la journée sur un vélo pour apprendre à leurs enfants comment rouler à gauche ou brûler des feux rouges. Je force le trait évidemment. Mais peut-être pas tant que cela... En Colombie, où je viens de passer quatre mois, il y a aussi une journée sans voiture à Medellin et à Bogota, les deux principales métropoles, très concernées par les embouteillages. Là-bas, les journées sans voiture n'ont pas lieu le dimanche, mais un jour de semaine. Ce jour-là, les voitures qui ne transportent que deux personnes ou moins sont interdites en ville. Cela permet d'épargner les familles nombreuses. Il s'agit de conscientiser à une utilisation plus intelligente du véhicule individuel, pendant les jours où il y a le plus de files. Pas le jour où il n'y en a pratiquement jamais. Et pour ceux qui aiment les balades à pied ou vélo en famille, il y a le « Ciclovia » chaque dimanche matin où tous les grands axes sont fermés à la circulation automobile.

Dimanche, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Je connais déjà Bruxelles sans voiture par cœur, puisque c'est comme ça que j'y vis depuis près d'un an. J'irai sans doute à la mer. L'air y est souvent meilleur à respirer, le dimanche comme en semaine. S'il fait beau, je louerai un cuisse-taxe. Il faut que je retrouve mon permis de conduire.