vendredi 20 novembre 2015

Molenbeek: et si c'était le moment de rêver?

Aujourd'hui, je suis resté chez moi toute la journée. J'ai écouté le bruit des sirènes s'évanouissant dans le ciel bruxellois ou surgissant des reportages d'une chaîne d'information en continu. Je ne parvenais pas toujours à dire si le son venait de la rue ou de la télévision. Peut-être qu'ils ont raison. Peut-être que c'est vraiment la guerre. Mon grand-père me l'avait promis, avec son accent wallon, en 1987 : « Ce qui vous faut, c't'une bonne guerre... » Peut-être que je vais encore connaître d'autres journées comme ça... Peut-être que je vais devoir rester plus souvent à la maison. Et si c'était le moment de commencer à rêver ?

A Molenbeek, la vie a progressivement repris son cours. A la suite des nombreuses perquisitions et interpellations, la présence policière et militaire a été intense pendant plusieurs semaines. Des milliers de journalistes internationaux sont venus voir de leurs propres caméras ce qu'était cette petite commune, à quelques stations de métro de la Grand'place, de la gare du midi et des institutions européennes. Après avoir vu sa réputation écornée sur tous les écrans du monde, Molenbeek a repris des couleurs au printemps 2016. Des reportages d'investigation un peu plus fouillés, réalisés après la tempête, ont montré un lieu de vie beaucoup plus complexe que ce qu'on imaginait. Les autorités locales ont profité de la crise pour rebondir, en proposant des incitants financiers ou logistiques pour encourager la classe moyenne, souvent obligée de quitter Bruxelles pour se loger à bon prix, de venir s'installer dans ces quartiers moins chics aux loyers modérés et bénéficiant d'un des meilleurs accès au métro bruxellois. La rénovation du quartier du canal s'est poursuivie et comme souvent, le pouvoir apaisant de l'eau a attiré une foule de nouveaux résidents : des fonctionnaires internationaux, des navetteurs lassés de passer leur vie dans les embouteillages, des anciens Bruxellois contraints par l'âge de renouer avec un mode de vie urbain. 

#Molenbreak

De nouveaux hôtels ont été construits et la reconversion miracle de Molenbeek a attiré des milliers de touristes qui intègrent désormais ce lieu vivant et multiculturel dans leur city-trip bruxellois, notamment suite à une campagne de promotion touristique innovante basée sur le hashtag #molenbreak. L'immense succès du dernier film de Dany Boon, « Bienvenue chez les Ch'terroristes » a également contribué à ce regain d'intérêt. Les petits commerces de proximité ont été dopés par l'engouement médiatique, la mutation sociologique de la population locale et les visites toujours plus fréquentes de ce nouveau public international. 

Nous sommes au mois de mai. Je suis assis sur un banc de la place communale. Le soleil est revenu. La guerre est finie. Je ne dois plus rester enfermé toute la journée. Aujourd'hui est un grand jour pour la commune. On inaugure un monument qui devrait bientôt faire de l'ombre à Manneken Pis, "l'Erikak" : une immense statue d'Eric Zemmour accroupi, en train de déféquer. L'humour belge est de retour. La guerre est finie. Molenbeek a gagné. Il faut en rêver.