dimanche 17 janvier 2016

Molenbeek: la claque aux journalistes

Bon, j'ai mis quelques jours avant d'écrire ce billet sur l'agression des journalistes qui a eu lieu fin de la semaine passée à Molenbeek. D'abord, parce que je n'aime pas trop écrire des articles sérieux et que je sens bien qu'avec un tel sujet, ça va être difficile de décrocher un sourire. Et puis, il y a aussi le risque. J'ai un peu peur car je sais qu'il y a de fortes chances qu'à la fin de ces lignes, on me considère soit comme un "bobo gauchiste bouffi d'angélisme laxiste" soit comme un "petit réactionnaire raciste ultra-sécuritaire". Comme je ne me reconnais dans aucune de ces catégories, je vais essayer d'être prudent. Le tout dans les histoires d'agression, c'est de s'en tenir aux faits. Et là, heureusement, j'ai de la chance: il y a une vidéo. Je ne vais donc pas lire tout ce qui a été écrit sur le sujet et surtout pas les commentaires sur les sites de la presse en ligne. C'est vrai, à priori, je ne pense pas qu'il faille "pendre ce monstre par les couilles" ni "rétablir la peine de mort pour cette sale racaille", tout comme je ne pense pas non plus que "ce petit con de journaleux l'avait bien cherché" ni que "les fouille-merde finissent toujours pas la trouver". Limitons-nous aux faits, rien que les faits. La vidéo est d'assez bonne qualité. Il y a même plusieurs versions. On peut choisir son angle de vue, comme dans les films porno de dernière génération.

Bon, alors que voit-on sur ces images? D'abord, regardons l'arrière-plan. Bon allez, honnêtement, dites-le... ce n'est pas très joyeux cette rue. A mon avis, il faudra encore quelques campagnes de promotion touristique "#callBrussels" pour que le Hilton ou le Sofitel s'installe dans le quartier...

Par contre, au moment du début de l'altercation physique, un autre constat devrait mettre tout le monde d'accord: les cours d'arts martiaux à Molenbeek ont l'air d'être d'assez haut niveau. Regardez bien, un seul coup de pied bien placé et hop, le journaliste est au sol. Le monsieur qui est intervenu pour mettre fin à la conversation houleuse entre le reporter et le frère du terroriste ne peut pas le cacher: il a une certaine maîtrise des sports de combat et des situations d'urgence. On voit bien que ce n'est pas la première fois. Il est bien entraîné. Franchement, si j'étais chef des ressources humaines de la Défense nationale, je le recrute tout de suite, celui-là!

Bon, après, voyons un peu le comportement des journalistes. Ils sonnent chez des gens pour poser des questions... Et le problème, c'est qu'ils réveillent tout le monde! Et en plus, juste après un deuil familial... C'est vrai, on s'est un peu trop concentré sur Delpech, Galabru et Bowie ces derniers temps, mais il ne faut pas oublier le deuil dans les familles de terroriste, même si le fils disparu a parfois entraîné des dizaines d'innocents avec lui. Et puis surtout, sonner chez les gens à cette heure matinale... Bon d'accord, il fait déjà clair donc c'est qu'il n'est pas si tôt que cela. Mais soit, chacun vit comme il l'entend. Peut-être qu'ils bossent la nuit, après tout. Bon, j'avoue, j'ai quand même eu une petite pensée pour le facteur qui s'occupe de cette rue-là. A mon avis, quand il y a un colis ou un recommandé, il ne doit pas trop insister. Les journalistes, eux, ont beaucoup insisté. Eux aussi semblent avoir l'habitude de faire ce qu'ils font dans cette vidéo: poser des questions, chercher des réponses. Ils essayent à tout prix, ils ne lâchent pas le morceau dans l'espoir de voir leur interlocuteur changer d'avis et leur accorder une courte interview. On les a envoyés là en leur disant: "Ramenez-nous deux minutes trente sur l'entourage du terroriste pour l'édition de 13h" et ils n'ont encore rien à se mettre sous la dent. J'ai déjà vu des journalistes avoir ce comportement. Ils poursuivaient un ministre dans les couloirs du parlement... Le ministre restait muet, marchant sans ralentir le pas vers la salle de réunion ou vers sa voiture qui l'attendait sur le trottoir de la rue de la Loi. On a vu des images comme ça tellement de fois. Je me suis toujours demandé pourquoi les journalistes insistaient quand on leur disait "Pas de commentaire" ou "Je ne ferai aucune déclaration". Ils sont sourds ou quoi? Non, en fait, j'ai compris pourquoi ils ne lâchent pas le morceau: parfois, ça marche. Parfois, le ministre s'arrête, se retourne et se décide enfin à faire une déclaration qui, bien souvent, devient la plus importante de la journée. Deuxième constat devant cette vidéo: oui, les journalistes font leur travail, y compris à Molenbeek. Par contre, je n'ai jamais vu un attaché de presse péter la gueule à un journaliste qui posait des questions. On dirait que c'est une spécificité locale, une pratique sectorielle. C'est vrai, en général, les services de presse des hommes politiques essayent de ne pas frapper les journalistes. Certains en rêvent peut-être mais ils ne le font pas, on ne sait pas pourquoi. Sans doute que ce n'est pas très professionnel et puis surtout, c'est totalement illégal. Je crois qu'on appelle ça des "coups et blessures volontaires". Je regarde la vidéo. Une première fois, une deuxième fois. Je la regarde sous tous les angles. Je pense que c'est bien de cela dont il s'agit: des coups et blessures volontaires.

En conclusion, je suis désolé de ne pas contextualiser la scène. Peut-être qu'un des journalistes a dit, quelques secondes avant: "Ce serait pas mal si un de tes copains sortait de nulle part pour me défoncer la gueule, ça ferait un super reportage!" ou peut-être que l'équipe de France 3 était complice et a encouragé l'agresseur:"Vas-y, nique-lui sa race, c'est un gars de RTL Info!". On ne sait pas, on ne juge pas! On n'a pas d'autres images. Je suis obligé de me limiter à ce qu'on nous montre. Et tout ce que je vois: ce sont des journalistes qui font leur travail comme d'habitude et un type sorti de nulle part qui leur porte des coups volontairement. Cela a d'ailleurs beaucoup choqué l'association des journalistes professionnels qui a dénoncé cette atteinte à la liberté de la presse. Vous vous imaginez? Des journalistes agressés parce qu'ils veulent exercer leur travail librement à Molenbeek! C'est dingue, c'est un peu comme si des agents de la Stib se faisaient casser la gueule parce qu'ils s'apprêtent à contrôler les billets dans le bus! Ah, mais en fait, c'est justement arrivé, ça aussi, trois jours plus tôt. Mais pas d'amalgame, ce n'était pas à Molenbeek, c'était à Laeken. Comme quoi, faut arrêter de stigmatiser cette pauvre petite commune.